Dirtybilly
Il y a cette image, sourde, un profil en noir et blanc – noir bouché et blanc cramé – et cette épaisse fumée toxique qui lui barre le visage. Une cover qui, a priori, annonce la couleur d’un album qui ne donne pas dans la gaieté pop ou les harmonies sucrées. « Badlands » est un disque aux penchants psychobilly lo-fi sombres, pas vraiment surf music.
Dirty Beaches, ou des plages de fin du monde, en sable volcanique, souillées, plus grises encore que le ciel. Et Lord Knows Best, le premier single extrait de ce huit-titres balance déjà comme le ressac, sans se soucier du temps qui menace. Peut-être est-il déjà trop tard. Dirty Beaches – Alex Zhang Hungtai à l’État civil taïwanais, globe-trotter sans racine et canadien d’adoption – distille ce rock’n’roll étrange et poisseux, entre héritage rockab’ vicié comme seuls les post-punks pouvaient le tordre (Horses), et passage à la moulinette lo-fi comme si tout l’album était enregistré sur une bande fatiguée (Hotel).
On pense évidemment aux plus dérangés, Suicide et Cramps en tête (Horses, Sweet 17) ; oui bien sûr. Mais on se laisse surtout rapidement troubler par cette distorsion sensuelle et sale de l’espace sonore. Alex Zhang Hungtai croone avec une pointe de désespoir distancié, True Blood et Lord Knows Best – avec son sample piqué chez Françoise Hardy ! – rythmant un bal old-school définitivement sinistre. Tandis que le grésillant A Hundred Highways et le bruitiste Black Nylon déraillent sévèrement…
Dirty Beaches n’en est pas là à sa première réalisation. Ses premiers bruissements instrumentaux posaient déjà les jalons d’ambiances sonores bancales et cinématographiques, contribuant à le rendre aussi insaisissable qu’attachant dans la vaste sphère indé.
Ici, l’écho règne en maître, aussi malsain que le reste de la production. « Badlands » est un exercice solitaire. Le minimalisme des boucles et des samples reflétant ce no man’s land arpenté par un homme seul, errant sans attache, avec ses démons et ses obsessions. Presqu’en cavale. Les loops alternent gimmicks rock détournés comme dans Horses, Hundred Highways ou Sweet 17 et les lancinants rythmes industriels de Speedway King et Black Nylon. Oui, « Badlands » est une musique rétro-futuriste, du rock’n’roll joué par un survivant de l’apocalypse.
Flavien Giraud
Dirty Beaches, « Badlands »
Disponible en digital, sortie en CD et vinyle fin août
True Blood
Lord Knows Best




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