Dead Skeletons<br />« Dead Magick »

Ice-land occulte et métaphysique de la mort

Deux ans depuis la publication de Dead Mantra et les quelques titres dévoilés au compte-goutte au travers du tube à vidéo. Le voilà enfin cet album de Dead Skeletons, aussi sombre et habité, drone et répétitif qu’on pouvait l’espérer. Islandophone (entre autres), cette musique semble pourtant parler un langage babylonien, d’avant la tour de Babel. Et rappelle que « le Bien et le Mal existent, ainsi qu’il en a toujours été ».

On le sait, le projet Dead Skeletons s’est accoquiné un temps avec le néo-berlinois Anton Newcombe, et « Dead Magick » sort d’ailleurs sur son label (‘a’ Records) ; mais à l’intérieur, on ne trouve plus trace de l’Américain. Seulement ces mages islandais qui poussent la transe jusqu’à une forme de shamanisme vaudou du grand nord.

Dead Skeletons n’est pas vraiment un groupe, pas vraiment une Eglise non plus, même si l’album offre l’hospitalité à nombre de musiciens. L’artiste Jón Sæmundur Auðarsson en est l’épine dorsale, et s’est attaché deux collaborateurs de choix : Henrik Björnsson (Singapore Sling, The Go-Go Darkness), et Ryan Carlson Van Kriedt (The Asteroid #4, Sunsplit).

Le disque se divise de fait en deux parties. Une première ouvragée avec Singapore Björnsson dont on retrouve la voix sinistre et certains penchants psychédéliques, comme une tendance à noircir le tableau ; la seconde avec Ryan Van Kriedt, qui apporte son sens pop mélodique, moins maladif, sans pour autant sacrifier la transe répétitive.

 

 

Magie noire. « Dead Magick » s’ouvre bien entendu sur le fumeux Dead Mantra, épique et incantatoire. Un morceau de près de neuf minutes, point de départ de Dead Skeletons, lorsque Sæmundur invita Björnsson à mettre en musique son projet artistico-mystique. Rythme effréné, des paroles qui, en islandais, en allemand comme en anglais, ne disent rien d’autre que « celui qui craint la mort ne peut jouir de la vie ». « He who fears death cannot enjoy life » : le secret de l’immortalité ? (« Fearlessness leads to immortality »). On laissera à chacun le loisir de méditer le mantra, et certains au contraire préfèreront peut-être avoir l’urgence de la mort et cette peur comme moteur…

Diplômé en art, Jón Sæmundur, dit Nonni Dead, s’est vu diagnostiquer HIV positif en 1994 (soit pas mal d’années de survie depuis pour mettre en perspective sa propre philosophie de l’existence), et nous invite dans son monde où la mort – et donc la vie – est omniprésente (« Come into my world of death » sur Psychodead).

Passé le Mantra, la première face est belle et bien froide comme la mort, avec des sons synthétiques de boîte-à-rythme (la quasi-instrumentale Om Mani Peme Hung), des accompagnements cheap freak (Psychodead), une réverbération de caverne de glace (Kingdom Of God) ; et l’atmosphère s’y fait de plus en plus oppressante (Get On The Train), pour se clore sur un Dead Magick I d’outre tombe.

Plus conventionnelle, la deuxième partie irradie, noire, avec ses sourdes percussions tribales, comme sur Ask Seek Knock ou Ljósberinn où s’ébat l’écho. Et la plage 9, Lifðu!/Live! aurait tout bonnement fait une excellente face B chez Joy Division si les Mancuniens avaient plongé leurs racines plus au nord. Les esprits invoqués dans le premier chapitre du disque semblent totalement libérés, jusqu’à Dead Magick II, qui sonne comme une communion avec ceux de la nature, pour batifoler à poil au crépuscule dans un état second…

« Dead Magick » offre bien plus qu’une nouvelle émanation cold wave, et est peut-être le premier grand album psyché des années « dix », qui, à sa manière, questionne l’époque, puisque nous sommes, décidément, en sursis.

Flavien Giraud

Dead Skeletons, « Dead Magick », ‘a’ records/Differ-Ant

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