Black Rebel Motorcycle Club<br/>« Beat The Devil’s Tattoo »

Au fer rouge

La chanson titre, dévoilée quelques temps plus tôt, avait fini de mettre l’eau à la bouche et c’est l’écume aux lèvres qu’on attendait la nouvelle livraison du trio californien. Car on dira ce qu’on voudra, la vérité est que le Black Rebel Motorcycle Club a sorti quatre albums sans lesquels la décennie n’aurait pas eu le même visage. La tête de mort du perfecto de Brando en l’occurrence.

Voici enfin le cinquième (« The Effects Of 333 » ne compte pas). On a tout lu et tout entendu sur le « Club ». Sur son troisième album, « Howl », pas top et finalement vachement pas mal – oui –, sur son prétendu manque d’ambition ou sur ses limites, au-delà desquelles aucun de ses disques ne se serait aventuré. Pendant ce temps-là, BRMC fait son job. Et on remarquera au passage qu’il ne vieillit pas : la fougue est intacte, à peine plus maîtrisée. Si on les considère comme un gang, on peut même dire qu’ils n’en font qu’à leur tête, au sein de leur propre label Abstract Dragon.
Les Black Rebel continuent donc de tracer leur route, malgré la énième éviction de l’instable batteur Nick Jago, remplacé par la belle Leah Shapiro qui s’illustra un temps aux côtés des Raveonettes. De prime abord, il n’y a pas sur ce disque de Love Burns ou de All You Do Is Talk (la liste est longue), de ces chansons qui marquent pour toujours au fer rouge ; mais qu’on s’y penche et il s’agit bien d’une nouvelle palanquée de morceaux finement ciselés par l’inséparable paire Peter Hayes/Robert Levon Been, composés dans l’ombre du même studio que « Howl ».

Le tatouage du diable. Comme toujours le BRMC se montre capable de chevauchées sauvages (Conscience Killer) comme d’élégance fragile (The Toll) qu’il dissémine ça ou là au milieu du champ de bataille, à l’image de ce Long Way Down qui fait un détour par le piano pour une complainte cuivrée. La rage, elle, ne s’est pas altérée : War Machine est lourd et dévastateur, Aya, sombre et brutal. Hayes continue de cisailler comme personne à la guitare.
Beat The Devil’s Tattoo serait presque une synthèse en moins de quatre minutes de ce que le BRMC peut faire de mieux : les chœurs et l’arpège américain sur guitare acoustique se muent en rock noir (bien entendu) avec basse saturée et Peter Hayes qui se déchire la voix au loin, comme à l’époque de Whatever Happened… Et puis il y a Evol, au milieu de l’album, archétypal, intense et grandiose – pas grandiloquent. Conscience Killer exorcise son rock primitif façon vaudou avant un refrain qui cherche et détruit comme un exercice stoogien ; et Bad Blood est une de ces chansons où Robert Levon Been se livre un peu plus dans des mélodies sensibles d’ascendance britannique.
Avec Sweet Feeling, le ténébreux Peter s’adonne à l’une de ces douces ballades où sa voix s’élève le long d’une guitare acoustique, ici sur un tapis d’orgue au milieu de volutes d’harmonica. Et pour peu qu’on se laisse envahir on ne tarde pas à se convaincre que oui, le Black Rebel Motorcycle Club est de retour en ville.

On ne va pas se mentir « Beat The Devil’s Tattoo » n’est peut-être pas le plus bel ouvrage du BRMC, mais qui se risquerait à sacrifier le moindre de leurs albums tant chacun recèle son lot de brûlots ? Et s’il ne parvient pas à faire oublier les précédents, pour peu qu’on l’apprivoise, celui-ci devrait pouvoir vieillir aussi bien que les autres.

Flavien Giraud


Black Rebel Motorcycle Club, « Beat The Devil’s Tattoo », Abstract Dragon/Vagrant

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Beat The Devil’s Tattoo



  1. paul on Lundi 15, 2010

    J’aime bien. BRMC a toujours cet agréable gout sucré d’un fond de bouteille de Jack au beau milieu d’une soirée alcoolisée.


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