Space punks
On les avait laissés avec un rock déjanté teinté de blues garage et de guitares bastringues branlantes (« Derdang Derdang », 2006), les revoici plus fous et inquiétants que jamais. Les trois Vikings anglais d’Archie Bronson Outfit sont à des années lumières du reste de l’univers et ne semblent pas près d’en revenir…
Troisième livraison donc, pour ce trio d’énergumènes repéré et produit en 2004 par Jamie « Hotel » Hince des Kills (« Fur »). Pour le reste, le groupe a ce côté horde sauvage, une espèce de clan, qui hurle à la lune, tourne en autarcie et bricole ses vidéos. Cette fois-ci la chose est enregistrée avec Tim Goldsworthy (LCD Soundsystem, The Rapture…), toujours pour Domino Records. Si les traits de caractère demeurent – les vociférations quasi-hystériques de Sam Windett et les guitares grinçantes restent les lignes directrices –, ce disque nerveux tire vers une tension paranoïaque et une inquiétante folie, qui glace les sens. Les Archie Bronson Outfit font la nique à tous ces apprentis bidouilleurs du bizarroïde avec des visions kaléidoscopiques presque punk et franchement flippantes, qui mettent le cœur en arythmie, malaise et souffle court. Le mixage est volontiers cradingue comme pour confirmer une nouvelle tendance du psychédélisme à avancer masqué, tout en rivalisant avec les productions shoegaze à l’esthétique sale et viciée.
Déglingue. En bloc, les premiers titres frénétiques donnent le ton : Magnetic Warrior, syncope, riff sauvage crispé, stridences de guitare, voix troublée d’effets ; le single, Shark’s tooth, disco dégénéré, chanté à travers un aquarium de requins ; Hoola au groove redoutable et le psychotique Wild Strawberries, hirsutes et enlevés. La fin de l’album y répond avec les convulsions de Harness (Bliss) et le faussement naïf Run Gospel Singer : Archie Bronson Outfit anime un angoissant cirque où se croisent certainement moult monstres de foire.
Au milieu de tout ça Chunk, plus clair et synthétique, nettement eighties, est un peu le creux de l’affaire et rappelle combien la décennie en question fut éprouvante. Mais A Right To A Mountain Life en medley avec One Up On Yourself replonge et s’ouvre comme un raï post-épileptique avant de basculer dans une chevauchée psychédélique hardcore. Avec guitare saccagée au tremolo, grosse ligne de basse (David Bowie y es-tu ?), et claviers d’épouvante, Bite It & Believe It est, l’air de rien, une pièce maîtresse : sous les couches salaces, les mélodies pointent avec évidence. Hunt You Down passerait bien pour le morceau « cool » du disque mais n’en est pas moins déglingué, le sourire calme et figée du psychopathe avant la traque.
Avec son psychédélisme échevelé et décalé, Archie Bronson Outfit martèle une bande-son fumante de l’ère post-atomique. Ce qui n’est pas négligeable par les temps qui courent et au vu des déchets dont on nous inonde de partout.
Flavien Giraud
Archie Bronson Outfit, « Coconut », Domino Records
Site Officiel
Archie Bronson Outfit on Myspace


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