Aqua Nebula Oscillator ou la théorie du chaos
En 2009, après dix ans d’existence et plusieurs changements de line-up, Aqua Nebula Oscillator a signé un deuxième album chez le label français Pan European Recording. Retour sur ce disque « punkadelik » noir et percutant sorti de la tête et des tripes de quatre musiciens bien barrés.
Un samedi de soldes dans l’un des magasins de cette chaîne nationale spécialisée dans la distribution de produits culturels. Jusque là rien d’extraordinaire : trop de monde, d’appels à la consommation et de promos au mètre carré. Pourtant, quelque chose ne colle pas avec le décor : le disque en écoute. Qui donc sont ces musiciens qui emplissent l’enseigne de solos sortis des sixties, de noires litanies, de lignes de basses lancinantes et de roulements de batterie qui feraient frémir un public de hippies fanatiques ? « C’est Aqua Nebula Oscillator. Je continue à les passer même si des clients m’ont demandé de couper le son » expliquera le vendeur, sourire en coin.
Sans concession. Que nous vaut cet enthousiasme ? Peut-être la pochette noire du disque décorée par les visages peints des musiciens ? Ou cette image de rite vaudou et la typographie gothique à l’intérieur ? Réponse avec le premier titre, LSD Therapy, propice à mettre la tête à l’envers. Sons de gratte lourds et négligés, chanteuse ténébreuse et duo basse-batterie qui ne lâche rien : David Sphaer’os (guitare), Shazzula (chant et synthés), Simon Bouteloup (basse) et Vince Posadzki (batterie) ne font ni dans la dentelle ni dans le compromis. Régime similaire avec Flying Mountain. Il ne serait pas folie d’imaginer les membres d’Aqua Nebula Oscillator en plein air, saisis de transe devant une foule qui agiterait les bras en essayant de s’envoler. Avec Somebody in Your Nose, le groupe maintient son tempo à la noire et bascule dans une tonalité aux couleurs de rock d’Outre-Rhin. En 2’16, les musiciens jettent un riff sans détour, têtes baissées. Puis, légère redescente lorsque les nappes synthétiques d’Overmoon entrent en jeu. Pendant ces 38 secondes de transition, l’auditeur perçoit ce qui pourrait être les premières notes du générique d’un film à suspens des années 1970 et bascule subitement dans une atmosphère où cithare et solos électriques dominent. Bienvenue dans Lost in Space. La guitare paraît se perdre dans des abysses et frôler un point de non retour. « Come on ! Come on ! » : Shazzula encourage cette chute (ou cette ascension) par des phrasés éparses, jusqu’à ce que tout rentre dans l’ordre. Comme si l’espace était devenu un endroit calme et paisible, équilibré.
Plus de nord ni de sud. I Don’t Care enfonce le clou avec une sorte de riff à la Whole Lotta Love de Led Zeppelin. Il n’y a plus de nord ni de sud, c’est un peu le secret de ce deuxième album. Il n’y a plus rien. Tout est à reconstruire. Les quatre musiciens poussent l’auditeur à lâcher prise, à se laisser prendre dans un tourbillon. Ils le préviennent néanmoins que cette aventure ne sera pas sans risque avec Beware. Les cris de Shazzula, les notes de guitare gonflées aux substances psychédéliques et le matelas de percussions maintiennent l’auditeur dans un état d’alerte permanent. Alors que sonne Incantation, le décollage vers une nouvelle lune d’Aqua Nebula Oscillator est annoncé progressivement. Puis, il faut faire face au riff de Silvermoon. Ce titre épique aurait tout à fait trouvé sa place au sein de l’UFO Club à la fin des années 1960. Plus dur et plus sombre que les ambiances des Pink Floyd, il est porté par des basses sinusoïdales, une batterie qui tient fermement le rythme, des chants comme des prières adressées à l’on ne sait quelle entité et une guitare couplée à différentes machines électroniques. La chanson offre cette ambiance particulière, à la fois violente et entraînante ; une sorte de fusion entre le psychédélisme et le punk que retranscrit à la perfection Girl, teinté du savoir-faire des Stooges et des MC5.
Les morceaux de l’album respectent cette alternance. L’univers d’Egg, fait de voix imbriquées, contraste avec Can You See, la ballade du disque, hommage aux synthés et autres claviers des grands noms du psychédélisme. 3013 est essentiellement un morceau de guitare qui rappelle les expériences des grands maîtres de la six cordes. Virgin Sleep, le titre le plus long, conclut le disque. Il résonne comme une sorte de Set The Control for Heart of The Sun (Pink Floyd) soufflé par une voix féminine, plus tourmenté et rythmé par une pulsation cardiaque continue. L’image d’un homme ou d’une femme (l’auditeur ?) qui débarquerait dans un endroit inconnu, vierge, avec de nouveaux sens, pourrait accompagner cet ultime morceau. Et c’est justement cette forme de renaissance qui est peut-être offerte sous la lune d’Aqua Nebula Oscillator.
Lilian Maurin
« Under The Moon Of Aqua Nebula Oscillator », Pan European Recording
Aqua Nebula Oscillator on Myspace
Pan European Recording on Myspace
Voir aussi l’interview de Shazzula et Sphaèr’os.



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